Google Europe: quand les sous font saliver

27 octobre 2012 6 h 56 min 5 commentaires Views: 575

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Parler de Google Europe, c’est rappeler la crise européenne qui bat son plein et dire que la Toile pourrait en subir les conséquences. Si certains pays en arrachent plus que d’autres, tous sont à la recherche de nouvelles sources de financement et tous tentent d’endiguer la saignée financière en réduisant leurs dépenses. Tout pour éviter la sentence des agences de notation !

Google Europe
(Source de l’illustration: Google)

Par exemple, le fonds d’aide européen conçu pour soutenir les plus pauvres des pauvres, un fonds doté d’un budget annuel de 500 millions d’euros permettant de nourrir près de 20 millions de démunis à l’échelle du continent, sera annulé à la fin de 2013. En tout cas, il le sera si un groupe de pays mené par l’Allemagne obtient gain de cause.

C’est aussi le gouvernement allemand qui a adopté le 29 août un projet de loi visant à mieux protéger la propriété intellectuelle des éditeurs de presse sur le Web, en obligeant les moteurs de recherche à leur reverser des commissions.

Une participation juste aux profits

Cette loi entend notamment garantir aux éditeurs de la presse “une participation juste” aux profits engrangés par les moteurs de recherche et les “agrégateurs d’informations”, ces services qui captent des contenus pour les indexer. Dans les faits, il vise essentiellement le service de Google Actualités

Google Europe
En France, les grands éditeurs tels Le Figaro, les Échos et le Nouvel Observateur, ainsi que le groupe IPG (Association de la presse d’intérêt politique et général) ont rapidement adressé une proposition au gouvernement français allant dans le même sens et l’actuelle ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, les soutient. (Source de la photo: Le Républicain-lorrain)

Elle estime qu’il est indispensable d’établir une forme de rétribution par les sites qui aujourd’hui tirent un profit réel de l’utilisation des contenus riches en information, en savoir-faire, en matière grise.

Ce à quoi elle ajoute : Il faut qu’ils participent au financement de l’information, ces gros acteurs et plateformes ne peuvent plus échapper à une forme de fiscalité dans des pays où par ailleurs ils dégagent un bénéfice certain.

C’est cette même politicienne qui s’est récemment attirée les foudres du Syndicat de la Presse indépendante d’Information en Ligne (Spill) en déclarant “Si la presse abandonne la qualité, il n’y aura plus de différence entre les journaux, les magazines payants et la presse gratuite, notamment sur le Net où rien n’est éditorialisé”, prouvant ainsi qu’elle s’y connaît bien peu en contenu numérique.

Étendre la redevance TV aux écrans d’ordinateur ?

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C’est elle aussi qui, en juillet dernier, se questionnait sur la possibilité d’étendre la redevance TV aux écrans d’ordinateur : “Avec la télé connectée, la télévision va passer de plus en plus par les ordinateurs, est-ce qu’il faut étendre la redevance à ces écrans quand on n’a pas de téléviseur?”. (Source de l’illustration: Univers Freebox)

L’Allemagne a déjà adopté une telle mesure ; il ne s’agit certes que d’environ 3% de la population française qui n’a pas de téléviseur à domicile, et ne paye donc pas la fameuse redevance qui est de 125 euros par foyer en 2012.

La redevance audiovisuelle est une taxe prélevée auprès des auditeurs, qui a pour but le financement, partiel ou principal, des sociétés publiques de radiodiffusion et de télévision de certains pays d’Europe.

Mais la France va encore plus loin, envisageant maintenant une taxe sur la densité audiovisuelle du réseau Internet, une version 2.0 de la TST (Taxe sur les distributeurs de Services de Télévision) destinée aux fournisseurs d’accès, en arguant que “Internet est un média audiovisuel et doit contribuer au compte de soutien pour la création audiovisuelle et cinématographique”.

C’est connu, le domaine de l’audiovisuel public est confronté à un réel problème de financement ; mais à force de taxer de tous bords tous côtés, on risque de voir diminuer le nombre d’auditeurs, ce qui ne réglera certainement pas le problème.

C’est connu aussi, tout le milieu journalistique peine à se trouver un modèle économique rentable et adapté à la réalité d’aujourd’hui ; mais est-ce une raison suffisante pour transformer les moteurs de recherches en vaches à lait, par le biais d’une taxe des liens hypertextes?

La réponse de Google

Google Europe
Le géant américain a répliqué, dès le lendemain de cette annonce, en déclarant qu’il “ne peut accepter que l’instauration d’un droit voisin pour le référencement de sites de presse français mette en cause son existence même”. Et il ajoute que si une telle décision devait être prise en France, le moteur de recherche “serait en conséquence contraint de ne plus référencer les sites français”. (Source de l’illustration: Cesse.ru)

Sa ligne de défense s’exprime ainsi: “Exiger de Google une rémunération au motif que son moteur de recherche dirige des lecteurs vers des sites de presse n’a pas plus de sens que d’exiger d’un chauffeur de taxi qui conduit un client à un restaurant de rémunérer le restaurateur”. Toujours selon les porte-parole de Google, une telle loi aboutirait à limiter l’accès à l’information et à freiner l’innovation.

Pour les amateurs de chiffres, Google indique aussi qu’il redirige présentement quatre milliards de clics par mois vers les sites internet des éditeurs français… Si on se met à interdire le référencement non rémunéré et que Google met sa menace de ne plus les référencer à exécution, quel pourcentage du lectorat les éditeurs vont-ils perdre?

Il faut savoir qu’en 2011, le géant avait déréférencé tous les sites de presse belges pendant 3 jours suite à une demande similaire des éditeurs de la Belgique qui avaient obtenu gain de cause devant la justice. Il ne les a réactivés qu’après que les éditeurs aient abandonné le projet.

Google Europe
(Source de l’illustration: Rue 89)

Plus près de nous

Toutes ces surtaxes européennes n’ont pas encore été envisagées sérieusement en Amérique du Nord. Par contre on constate la volonté à court terme de certains sites de nouvelles comme Cyberpresse à devenir payant. Il suivra ainsi le modèle d’abonnement du Devoir et du Globe and Mail.

C’est donc à dire qu’ici aussi on s’oriente vers une limitation de l’accès à l’information ; le 10 ou 15% de la population qui vit sous le seuil de la pauvreté et qui ne peut s’offrir le câble, et encore moins une connexion Internet ne pourra bientôt plus aller lire son journal à la bibliothèque municipale de son quartier.

Alors qu’en France on s’apprête à arrêter de remplir leurs ventres affamés, ici on se contentera de ne plus enrichir leur intellect !

Les temps sont durs !

Auteur(e) Jacques Côté

De hippy à techy, Jacques "Merlin" Côté a suivi sa route tout en restant "cool". Et ça paraît dans les sujets qu'il entend aborder en ces pages.

5 commentaires

  • Il y a des industries qui se font dépasser par l’évolution technologique et demandent à l’état de leur ramasserr des taxes. C’est comme si les fabriquand de charettes, demandaient aux gouvernemen de fai de quoi quand les automobiles sont apparues.

    Les acteurs de l informations d’il y a pas longtemps sont juste hors jeu. N’importe quel bozzo peut écrire ses propres articles, pondre ses propres vidéos et les diffuser instantanément au reste de la planète. En europe, ils ont toujours cette facheuse habitude de se figer dans le passer alors que même les pays du tiers monde font le grand saut. Le grand saut pas du passé au présent, mais du passer au futur.
    Les gouvernements français continuent toujours de penser contrôler l’internet. Bonne chance.
    Si j’étais google, c ets moi qui demanderait d’être payé pour les référencer ces médias llà.

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  • En fait, les bibliothèques peuvent acheter des abonnements aux journaux et magazines (versions papier ou électronique) pour offrir cet accès aux gens qui n’ont pas moyen de payer pour accéder à l’information. Et ça ne date pas d’hier.

    Et personnellement, ça ne me dérange pas de payer pour accéder à des nouvelles en ligne vu que j’aurais à payer pour la version papier du journal de toute manière. Si les gens veulent du contenu gratuit, c’est pas sorcier, ils n’ont qu’à consulter les sites Web de l’AP, de l’AFP, de Reuters et des autres grandes agences de nouvelles/dépêches de ce monde. /2 cents

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  • Je trouve que cette chronique de Nelson et des collabos va très bien. Je trouve ceci informatif et très bien fait. Belle facture et articles vraiment intéressants!!

    De fait, ça me tient à jour sur ce qui se passe de hot dans le monde de la technologie.

    Un grand merci à Nelson et aux potes scipteurs d’ici.

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  • Je veux une google money machine v.1.6 pour noel !!!

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  • Le Journal de Montréal, tout comme le Journal de Québec, nécessite un cyber-abonnement payant pour la majorité de son contenue.

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