La réalité de l’apprentissage informatique

10 octobre 2012 16 h 00 min 6 commentaires Views: 572

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Le Formateur

Depuis que je donne des formations en informatique, même s’il s’agit de cours axés sur un logiciel en particulier, les mêmes caractéristiques se répètent chez les gens.

(Source de la photo: cliquez ici)

Du nouvel arrivant en informatique à celui qui possède quelques rudiments, les mêmes craintes sont présentes et les mêmes éléments d’apprentissage doivent être acquis (mémorisation de séquences, relation spatiale avec l’environnement, etc).

Je ne suis pas un professeur dans une école, je fais affaire avec des groupes bigarrés n’ayant jamais les mêmes connaissances de base. Mais, ce qui est frappant, c’est que tous font face aux mêmes défis. Il faut cependant nuancer le tout avec la réalité particulière aux groupes d’âge.

Il faut savoir qu’environ 20% des gens que je forme, y compris ceux qui suivent des cours de base, ont moins de 35 ans. Même qu’occasionnellement, j’ai des gens d’à peine 25 ans. Par exemple, dans le cadre d’une formation de base sur l’informatique (autoformation en ligne), cela pour un centre d’études professionnelles de niveau secondaire, j’ai pu constater qu’entre 5 et 10% des jeunes avaient suivi le cours au complet, alors qu’il leur était possible de se présenter seulement à l’examen final. Si certains mentionnèrent alors n’avoir pas appris beaucoup, d’autres dirent avoir emmagasiné quelques éléments notables. Il en aurait été autrement si le groupe avait été majoritairement de plus de 35 ans.


Outre cette réalité, nous nous retrouvons quand même avec des traits communs lorsque vient le temps de former des gens en informatique. Tout d’abord, ils se voient comme étant en grand décalage avec le reste du monde. S’ils ne connaissent rien à l’informatique, ils voient et entendent toujours aux nouvelles plein de mots comme Twitter, Facebook et tout le bataclan. Ils ont vraiment l’impression qu’il n’y a qu’eux qui ne connaissent pas ça. (Source de l’image)

Ces analphabètes informatiques développent/nourrissent alors souvent de grandes insécurités qui se répercutent dans la vie de tous les jours. Quelqu’un m’a déjà avoué qu’il était certain que tout le monde savait ce qu’était l’informatique et qu’il lui fallait rattraper tous ces gens. Or, comme il croyait cela impossible, son insécurité était alors au zénith.

Ainsi, quand je donne des cours en entreprises où des gens (en moyenne des 35 ans et plus) ont le mandat de leurs employeurs d’apprendre à maîtriser l’outil qu’est l’ordinateur, la marche est haute quant à l’apprentissage. Bien que la courbe d’apprentissage s’améliore rapidement lorsque l’on a compris quelques rudiments, mots clés, concepts de base, etc., le taux d’erreurs est initialement très élevé, ce qui n’améliore pas leur confiance déjà faible.

Je me souviens d’un participant qui voyait littéralement la fin de son gagne-pain dès le début de sa formation. Alors comme les résultats d’apprentissage ne lui apparaissaient pas satisfaisants, son insécurité a augmenté de façon exponentielle et la tâche est devenue encore plus difficile. Il aura fallu quelques séances avec beaucoup de renforcement positif pour qu’il perçoive ses innombrables petites victoires, alors qu’il ne voyait plus que ses innombrables petits échecs.


Pis encore, ces gens doivent apprendre à effectuer des manipulations qui sont contre nature. Par exemple, utiliser une souris, c’est pointer un objet avec la paume de la main, alors que nous utilisons le doigt de façon instinctive pour accomplir ce geste. Cette adaptation de type motricité fine est donc ardue. (Source de l’image)

Encore là, leur estime de soi peut en prendre pour son rhume dans les premiers temps. Je vous avoue que tous mes participants ont beaucoup joué au Solitaire et ont eu à redimensionner à répétition des fenêtres, cela pour faciliter l’acquisition de la motricité à la base de l’informatique graphiquement appuyée d’aujourd’hui.

Un dernier élément qui est souvent présent est le fait que l’informatique fonctionne dans un contexte très strict, où règne un étapisme implacable dans un mode de fonctionnement qui lui est propre (mode virtuel, non tangible). Ceci implique qu’au niveau de l’apprentissage pur et simple, les participants doivent alors faire interagir des éléments qui ne sont pas, de prime abord, utilisés habituellement tous en même temps. En plus, ils doivent évoluer dans un mode très peu connu de leur cerveau, dans le meilleur des cas. Cet espace virtuel est la chose la plus complexe à assimiler puisqu’il demande au cerveau de considérer comme concret des éléments lumineux sur une surface plane.

Bref, l’apprentissage de l’informatique pour les nouveaux arrivants, c’est beaucoup plus que la simple acquisition d’une série d’opérations et de manœuvres. Ce qui implique que le formateur, cette personne qui dispense conseils et connaissances, doit prendre en compte la réalité de ceux qui apprennent, que ce soit en groupe ou en privé.

Auteur(e) Benoît Lacombe

Mon premier ordinateur fut un IBM PC 5150 usagé et ensuite, ce fut un Macintosh SE. Depuis ce temps, naturellement, j’ai toujours servi de neveu/ami/gendre-qui-connait-ça-pis-qui-sert-à-dépanner-ou-expliquer. Depuis quelques années, je donne, entre autres, de la formation d’initiation à l’informatique et de logiciels à des gens de tous âges. Cette chronique offrira des façons, des trucs et des exemples à utiliser pour aider la compréhension de l’ordinateur à ces «nouveaux arrivants» en fonction de leur type d’apprentissage.

6 commentaires

  • Excellent article Benoît, bien documenté. Combien de personnes suivent un cours pour la forme ou par obligation professionnelle??? Je ne vous envie pas du tout. Selon ce que je sais, les personnes retiennent 30% d’un cours qu’elles suivent.

    Changement de carrière oblige, je ne travaille plus directement en informatique depuis 10 ans. Je n’ai pas eu à aller sur Facebook ou sur Twitter pour m’informer suite au dernier tremblement de terre dans la région de Montréal, je dors la nuit, à chaun(e) ses priorités.

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    • Dans ma région, les gens ne parlaient que du tremblement de terre ce matin. Tout un affolement ! Et moi qui n’étais même pas au courant ! Faut croire que je dors à poings fermés moi aussi :grin:

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  • “Je me souviens d’un participant qui voyait littéralement la fin de son gagne-pain dès le début de sa formation”

    Je l’ai vu de très près la fin de mon gagne-pain !

    On m’avait bien parlé d’un virage à l’informatique, mais aucun détail n’avait suivi. Un lundi matin, j’entre au travail pour trouver sur mon bureau, la bête :shock: Pouf ! La machine à écrire, le télex (ouais, je sais :razz: ) tout avait disparu. Vous croyez sans doute qu’une session de formation a eu lieu… niet ! Une pile de “Pour les nuls” sur le coin du bureau ! J’ai dû me débrouiller. J’en ai sué un coup, surtout avec Excel.

    Ceux qui reçoivent des cours de formation devraient se compter très chanceux :smile:

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  • Au contraire de votre article, pour les nerds en devenir, je me souviens de mon premier cours de Turbo Pascal (au temps immémoriaux du Fafouinacé)…
    Au premier cours, le prof nous avait donné un programme d’une page à faire pour le prochain cours et il avait ajouté : “Faites-vous en pas, y’en a pas un qui va marcher du premier coup”… BAH!?! Kecé!?? Nous étions tous certains qu’il était dans les patates ce prétentieux!
    Bin cibouère je l’sais pas si tu vas me craire, mais le lendemain, pas un seul des 30 programmes n’a fonctionné du premier coup, aussi bollés que nous pensions être!

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  • Apprendre à se servir d’une souris à quelqu’un dans la cinquantaine, qui n’a jamais touché à un tel machin, est assez éprouvant merci !

    Débuter l’informatique quand on est un vieux schnock (plus de 30 ans) est tout sauf facile. Alors que le faire à 3 ans (sur un iMachin tactile) est un jeu… d’enfant.

    D’où l’intérêt des post-PC device pour les utilisateurs sur le tard. Outre le fait que les mouvements sont plus naturels, la simplicité de gestion (des fichiers, du rangement, du ménage, etc) génère moins d’apprentissage et engendre moins de frustation (et de dévalorisation de soi).

    Malheureusement (mais heureusement pour toi Benoît) on en a encore pour longtemps à utiliser des systèmes et des logiciels abscons, lourds et complexes… nécessitant de la formation.

    Et tu soulignes bien le plus difficile ; devoir apprendre à se plier à la logique implacable de la machine. Utiliser notre cervelle organique d’une façon mécanique.

    Intéressant article.

    Alex

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  • J’aime beaucoup cette série d’articles, elle est très pertinente et intéressante. Merci.

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