De la magie à la réalité après-vente !

19 septembre 2012 10 h 15 min 20 commentaires Views: 1104

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Un des moments de la techno que je déteste le plus est celui où je remets les pieds à terre dans les mois qui suivent un lancement de produit. Ce retour à la normalité des choses me laisse toujours un peu déçu, presque frustré, un tantinet attristé, parfois honteux de m’être, encore une fois, laissé emporter par l’air artificiel d’un aérostat marketing, furax d’avoir été, malgré mon devoir de cynisme professionnel, ce rêveur dont les pathétiques défenses ont été déjouées.

Tim Cook, P.D.G. d’Apple, au lancement du iPhone 5 (Source de l’image)

En amont d’un lancement de produit désormais scénarisé à la Apple, il y a la machine à rumeurs que l’on entretient savamment. Puis arrive l’Événement, le grand jour, le point culminant où le mirifique produit est lancé. Je vous parle d’un spectacle au synopsis précis dont chaque élément n’a de sens que celui des objectifs marketing, bref, d’une performance dont le défunt Steve était un grand maître, LE grand maître, et dont ce pauvre oncle Bill, ainsi que son tonitruant successeur Steve Ballmer, n’étaient que de piètres stand-up à qui, au XIXe siècle, on aurait lancé des tomates.

En aval, c’est toujours là que je me réveille et que je recommence à être un scribe méchant; mais il est généralement trop tard. En aval, dis-je, c’est là où le produit si bien lancé tombe sous la houlette des forces de vente. C’est là où le si merveilleux bidule iOS, Android, WinPhone, que sais-je, passe sous le contrôle de Bell, Rodgers, Telus, Videotron et tutti quanti. Pow, boum, crash ! On se réveille ! Tout le monde debout ! Le trip est fini ! Le spectaculaire iBidule vient d’être relégué au rôle de bien de consommation dans un contexte frénétique d’abonnement, de forfaits et de kiosques dans les corridors de centres commerciaux, de Koodo en Fido, de Bell en Rodgers, de mal en pis, ad nauseam.


Un stand Koodo à Québec. (Source de l’image)

En aval, la force de vente vend. C’est son essence. Et elle vend de tout et son contraire. Je me souviens d’avoir été presque scandalisé, moi que l’on venait d’évangéliser profondément sur les mérites quasi divins du iPhone, en voyant tous ces commerçants vendre indifféremment des produits sous iOS , Android et BB OS. Je venais, encore une fois, de sentir la réalité d’un bordel à ciel ouvert où la magie du produit était remplacée par sa facilité à générer de bons quotas de vente. J’étais parti de bien haut pour aboutir violemment dans les bouses du plancher des vaches.

On le sait tous. Depuis une trentaine d’années, les compagnies de téléphone n’en ont rien à foutre des innovations parfois dignes de mention dans l’histoire. Tout ce qui compte, c’est de faire activer un nombre record d’ordiphones (téléphones intelligents) avec un maximum de forfaits de trois ans. La techno ne les intéresse pas. Pour ces gens, vendre des joints d’étanchéité (gaskets) ou des patins à roues alignés ou des ordiphones, c’est du pareil au même. S’ils s’énervent pour cause de plaisir, ce sera en raison d’un plan d’appels interurbains mieux pensé … temporairement … que celui du concurrent, dans l’autre kiosque cent mètres plus loin.

Vendre est un métier difficile, que dis-je, un art dur et ingrat qui n’est pas à la portée du premier venu. C’est une occupation professionnelle, par opposition à un apostolat sincère, qui s’exerce sans jamais la laisser s’hypothéquer de liens émotifs envers une marque précise. Un bon représentant commercial doit pouvoir se promener de Ford, en Nissan et de Nissan en GM (salut Marcel !) ou de Dell à HP et de HP à Apple (bien le bonjour, Sid !) sans éprouver le début d’un prélude de sentiment qu’il s’adonne à de la traîtrise. Car pour croire qu’il s’agit de traîtrise, il faut être romantique.

Questionnez les gens qui se disent déçus par leur petit appareil. Dans la majeure partie des cas ce sera en rapport avec l’aval dont je vous parle. Ce sera en rapport avec leur fournisseur de service (c’-à-d. la compagnie de téléphone). Ils déploreront leur forfait mal conçu ou le service après-vente indigne de ce nom et ils prêteront oreille à la machine à rumeurs où il sera question d’un gadget supérieur à celui avec lequel ils sont pris encore pour X temps qui devrait être lancé sous peu.


Justement, combien de temps faut-il pour que la fierté d’avoir sur soi un iPhone 5 disparaisse en tant que sentiment principal, pour être remplacé par celui voulant que l’on se soit fait filouter ou, à tout le moins, mentir par le fournisseur de services, autrement dit, pour être passé, comme le veut le poncif, du rêve à la réalité ? (Source de l’image ci-contre)

Je vous prédis que dans six mois, des gens actuellement emballés (ou qui le seront sous peu) par leur superbe Optimus G (LG), Galaxy S3 (Samsung) ou iPhone 5 (Apple), vivront la réalité incarnée par les compagnies de téléphones et ils commenceront à regarder leurs joujoux de travers. Pas parce que ces produits ne seront plus bons. Bien au contraire. Seulement parce qu’ils ne seront plus que de vieux produits traités comme tels, dans le contexte d’un marché où la norme semble être de rêver. De rêver les yeux grands ouverts à l’arrivée imminente d’appareils fabuleux en phase terminale de gestations chez les Samsung, LG, Apple, Sony et autres Nokia.

Je vous le répète. Un des moments de la techno que je déteste le plus est celui où je remets les pieds à terre dans les mois qui suivent un lancement de produit, journée où la magie atteint des sommets, journée qui annonce hélas! le début de la dégringolade vers la réalité des fournisseurs.

Auteur(e) Nelson Dumais

Voué à un avenir brillant dès sa naissance, Nelson s’est néanmoins pris les pieds dans un ordinateur répandu partout dans un motel désaffecté et ne s’en est pas vraiment remis. C’était à Rimouski en 1981 et le monstre de 64 Ko, une sorte de tombeau en mélamine blanche, cahotait en CP/M, souffrait en anglais et tombait régulièrement mort. Avec l’acharnement d’un anthropologue fou, Nelson recherche depuis lors un ordinateur qui fonctionnera sans défaillance, sans souffrir ni faire souffrir, et cela dans une langue intelligible. Si jamais il trouve, il vous en fera part. C’est juré !

20 commentaires

  • Rien de plus vrai, mon cher Nelson.
    C’est pourquoi je me contente de peu.
    Je ne me laisse pas éblouir par la publicité (souvent trompeuse).
    Même si parfois…

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    • La publicité n’a pas de prise sur moi. J’en ai vraiment besoin ou pas, c’est tout !

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  • Bon moi j’ai un Galaxy Nexus, modèle Coréen, nom de code “toro” selon Google. Quelqu’un est-il en mesure de me dire si quand j’arriverai au Québec, je pourrai continuer à utiliser le même appareil en me procurant un carte SIM et un forfait ou encore mieux payer à la carte? Est-ce possible au Québec (Montréal) et avec mon appareil en particulier (compatible)?

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    • Si le modèle est international et qu’il est débloqué, il ne devrait pas avoir de problème.

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  • Journée mélancolie…
    Ton billet me fait penser à une chanson des Cowboys Fringants : Entre deux taxis

    “Oh qu’il est triste le sort des amoureux
    Se disait le vieux chauffeur amusé
    Car on commence toujours à se dire adieu
    Dès notre premier baiser”

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  • Cher Nelsonne,

    Un commentaire qui résume ton analyse:
    RIEN NE SE PERD
    RIEN NE SE CRÉE
    TOUT SE TRANSFORME.

    Right Buddy ?

    Adios Amigo,
    Snouppix

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  • Je lisais récemment un techno-thriller dont j’ai tiré cet extrait :

    “L’évolution est un principe mathématique. C’est très simple : Elle multiplie quelque chose, les copies ne sont pas exactement identiques et certaines fonctionnent mieux que les autres. Seules les meilleures copies seront copiées à leur tour et ainsi de suite. Reproduction, mutation, sélection. Quand ces trois éléments sont présents, nous avons l’évolution, que vous le vouliez ou non. C’est un simple algorithme. Il trouve une application en biologie mais aussi dans le progrès technique.

    Personne à l’âge de pierre ne s’est dit : un jour nous nous déplacerons dans des caisses métalliques puantes, mais je dois d’abord inventer la roue. Réfléchissez au fonctionnement du progrès technique : quand quelqu’un invente quelque chose, il a peut-être une représentation grossière du but de son invention. Mais au final on l’utilisera toujours différemment. Quand Konrad Zuse a inventé l’ordinateur, il ne pensait pas que des jeunes s’en serviraient pour faire la chasse à des extraterrestres virtuels. Il y a cinquante ans, James Watson le fondateur d’IBM a cru que, dans le monde entier, on aurait besoin d’une douzaine d’ordinateurs. Aujourd’hui, il y a trois fois plus d’ordinateurs que d’hommes sur la terre.

    Nous sommes manipulés par les choses que nous créons. Exactement comme les fleurs manipulent les abeilles. Les abeilles utilisent les fleurs en buvant leur nectar. Les fleurs utilisent les abeilles en fixant leur pollen à leurs pattes. Qui contrôle qui ? L’évolution s’en moque. Pendant des millions d’années, elle a laissé les plantes développer de magnifiques fleurs. Ces fleurs n’ont qu’un but : manipuler le comportement des abeilles. C’est un système de dépendance réciproque qui a engendré une quantité infinie de formes de vie. Comme les abeilles ne peuvent pas décider de ne plus tomber dans les pièges des fleurs, nous ne pouvons pas cesser d’acheter des produits, de conduire des autos, d’utiliser Internet pour imaginer des choses toujours nouvelles. L’évolution nous utilise, que nous le voulions ou pas. Nous ne sommes pas le couronnement de la création, nous sommes ses laquais.”

    Karl Olsberg
    extrait de Das System, 2007

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  • Parfois le réveil brutal arrive quand on prend connaissance du coût réel de l’acquisition du nouveau joujou de l’heure. Dans le cas du iPhone 5, tous vos accessoires sont bon pour la poubelle.

    Obsolescence programmée, terme à la mode qui désigne cet état de fait…

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  • J’aurais préféré que toutes ces belles terres rares aillent dans les voitures d’aujourd’hui et de demain plutôt que dans des téléphones imbéciles qui ne servent même plus à téléphoner autre qu’accessoirement.

    Quel gaspillage.

    Benoît Duhamel.

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    • N’en déplaise à Danny Labonté, contrairement à la rumeur (soigneusement mise en scène) les terres dites “rares” ne sont pas rares. c’est un truc pour monter le prix des appareils électroniques et des piles des voitures électriques.

      Moi ce qui m’énerve le plus ce sont les mises à jours indisponibles pour les téléphones, comme le mien (HTC Desire) pogné avec Android 2.3, alors que le 4.1 est sorti!

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  • Fameuse citation tirée du film “Fight Club”:

    “We buy things we don’t need
    with money we don’t have
    to impress people we don’t like”

    Traduction libre:

    “Nous achetons des trucs dont nous n’avons pas de besoin
    avec de l’argent que nous ne possédons pas
    pour impressionner des gens que nous n’aimons pas”

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  • Moi aussi Nelson je préfère avant, parce qu’après, c’est pendant…

    Alex

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  • Bonjour

    Plein de bon sens cet article. En plus l’appareil a plein de possibilité et en l’achetant on s’imagine faire telle ou telle chose avec, mais chaque fournisseur va bloquer certaines applications. On se demande bien pourquoi des fois.

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  • J’approuve.

    Mais il m’est arrivé de retourner dans le rêve, en manipulant mon “vieux” iPhone 3G, par exemple. Que ce soit en changeant la musique dans Remote, ou en accédant à un document dans Dropbox, il arrive, donc, je me rappelle du passé pas si lointain où les modems (téléphoniques) grichaient à nous en déchirer les oreilles et où les ordinateurs, beiges et laids, demandaient des notions de programmation à base de codes compliqués pour fonctionner à peu près correctement (et lentement!). Puis je me dis que quand même, nous vivons une époque formidable!

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  • Ces experts en marketing sont les sophistes de notre époque. En quelque sorte, on nous brandit des arguments à couper le souffle pour leur nouveau produit, des caractéristiques flambant neuves nous dit-on, mais après la moindre réflexion on peut facilement se poser des questions sur l’utilité de ces améliorations; surtout s’il est question de changer d’appareil ordiphone, tablette et cætera. Parce qu’en général, même si les nouveautés peuvent paraître fortes, elles ne sont pas nécessairement toutes très utiles pour la grande variété d’utilisateurs auxquels le produit est offert.

    Il n’y a pas qu’Apple pour tromper ses clients ainsi. Prenez par exemple cet article où on y mentionne l’écran du Find 5 d’Oppo Mobile:

    http://www.engadget.com/2012/09/15/oppo-find-5-1080p-441ppi-quad-core/

    Vous avez bien lu, 1080p sur un écran de 5 pouces, soit 441 ppi. De quoi saliver. Sauf qu’une telle densité de pixels ne sert plus à rien, même si on a les yeux collés sur l’écran. Qui arriverait à voir la différence entre cet écran et un autre à, disons, ~250 ppi? De plus, ce gigantesque nombre de pixels requiert plus de travail côté processeur graphique, ce qui ne fera que ralentir l’ordiphone, tout de même doté d’un quad-core.

    Cela dit, vous pourriez en effet visionner des films et des vidéos en 1080p sur votre ordiphone, mais est-ce que ça en vaut la peine? C’est discutable.

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  • @ Nelson

    Merci beaucoup de dire les vraies choses à propos de cet univers d’ordiphones et de lever le voile sur notre esclavage sous les ordres des fournisseurs qui doivent rigoler un bon coup. Je suis intelligent donc je n’ai besoin que d’un cellulaire de base qui ne me coûte que $100 par ANNÉE!

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    • Alors là, le mien est vraiment, mais vraiment de base ! Il est même fixe dans l’auto. Je n’aime pas être suivie :mrgreen:

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  • Le mien est enore mieux. Je l ai mis à a poubelle il y a 2 ans et je réussis à vivre sans. Pas à cause de l’appareil, un samsung mal foutu à 60$ mais qui faisait ce qu’il devrait faire: servir à parler.

    Concernant le denier IPhone, ce qui frape c’est que justement ce n’est plus le même show et encore moins, les mêmes secrets. C’était même pas des rumeurs. On avait les photos, les spec et tous les détails et je pense que c’était voulu. On ne peut pas habituer le monde à s’attendre à un produit complétement nouveau chaque année. Grosso modo il y a eu le bondieBlue, OsX, iPod, iPhone, iPad et plein de logiciels à travers ça et ce depuis 97. 5 produits en 12 ans à peu près, et il y a eu une longue période entre l’iphone et l iPod.

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  • Un journalisme techno comme je les aime!
    Je vais classer ça dans éditorial-impressionniste!

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