Communications Web: le schéma de Jakobson

12 septembre 2012 15 h 41 min 22 commentaires Views: 1308

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Communiquer, c’est exister !
 

 
Le web est un immense fouillis avec ses 530 millions de sites qui s’arrachent votre attention. Voici l’analyse d’un joyeux bordel communicationnel ! Revenons à la base et allons faire un tour du côté du monsieur (photo ci-après), un illustre linguiste russe à qui l’on doit le schéma de Jakobson.

Un site Internet est avant tout un acte de communication avec un émetteur (le propriétaire du site), un récepteur (moi, pauvre bougre), un message (ce que vous me dites), un code (le français dans mon cas) et un canal (l’interface du site). Pour être efficace, il faut que tout ça soit clairement défini.

Qui êtes-vous ?

Ça peut sembler niaiseux au premier abord, car vous savez qui vous êtes, mais ce n’est pas si simple. Vous devez garder en tête qu’il y a beaucoup de monde sur la toile et qu’il existe un réel risque de confusion, surtout si votre marque de commerce est peu connue et si vous offrez les mêmes services que plusieurs autres entreprises (vous avez une pizzeria par exemple).

Plus importantes que le risque de confusion, votre image et l’allure générale de votre site définissent aussi qui vous êtes. Pour un internaute, votre site, c’est vous. Si votre site est laid, vous êtes laid. Pensez-y.

Qui suis-je ?

Rassurez-vous, je ne souffre pas d’une subite crise identitaire. Mais vous, vous qui avez une bébelle à me vendre, vous qui avez un service à m’offrir, savez-vous réellement qui je suis? Suis-je une femme dans la quarantaine, un ado full chill, un homme d’affaires cravate-café-pressé ou encore un père de famille dans la classe moyenne?

Votre site Internet doit être adapté à votre clientèle. Si je suis votre client, le design comme le discours doivent me faire sentir à ma place. Encore plus, parce que je vous choisis, votre site participe de mon identité. Votre site, c’est vous, mais c’est aussi moi. Alors, flattez mon ego.

Que dites-vous ?


Si la notion de message est facile à comprendre à l’oral (si mon frère me dit : « la pomme est rouge », je comprends que la pomme est rouge), dans un site web, c’est un peu plus complexe… On parlera plutôt d’un message modulaire, comme s’il était construit en blocs Lego.

Même si votre site comporte 500 pages, en réalité vous ne dites qu’une seule chose. Le site d’Apple présente tous les iProduits de la pomme croquée, le nouveau OS X, le gros chat du moment… Mais, au-delà, tout ça travaille ensemble pour proclamer haut et fort « Apple est extraordinaire » (et par extension, « vous êtes extraordinaire »).

Pour que votre message soit limpide, vous devez être capable de le formuler en une seule phrase et faire en sorte que tout s’articule autour de lui.

Clair comme de l’eau de roche

La forme maintenant! Bien entendu, la maîtrise de la langue est très importante. Je reviendrai plus longuement là-dessus un de ces quatre, mais disons simplement qu’il y a des règles à respecter:

• Pas de jargon
• Des phrases courtes
• Des paragraphes courts
• Des titres efficaces
• Pas d’effets de style inutiles

Soyez clair avant d’être « kioute ».

Avez-vous l’interface dans les jambes ?

Une récente étude de User interface Engineering démontre que 60 % des internautes ne trouvent pas les informations qu’ils cherchent en naviguant sur Internet. Le design même du site, son ergonomie, rendrait difficile l’accès à l’information. Bref, le canal serait mal conçu.

Une précision toutefois, User Interface Engineering ne brille habituellement pas par son avant-gardisme. Une visite sur son site Internet aux allures staliniennes nous indique assez clairement à quelle enseigne nous logeons. Le design graphique y est considéré comme une nuisance nécessaire qui doit être sévèrement contrôlée sous peine de devenir une distraction.

Par contre, il est vrai que le design, aussi joli soit-il, peut cacher les informations que vous tentez de transmettre. Un site Internet, c’est comme un gisement de minerais où la page d’accueil serait la surface du sol. Il est important d’indiquer clairement où forer aux internautes.

Cela dit, tout en privilégiant l’accès à l’information, il demeure essentiel de présenter un design soigné. N’oubliez pas, votre site c’est vous et c’est moi. Soyez sur votre 36.

Parler 35 langues en même temps

Pour compliquer encore plus les choses, les sites sont vus sur une multitude d’écrans différents, dans des fureteurs différents, sur des plateformes différentes et avec des vitesses de connexion différentes.

Cette réalité, hors de contrôle, doit également être prise en compte sous peine de pénaliser certains utilisateurs. Il n’y a pas à chercher loin pour trouver un exemple patent de sites mésadaptés : on n’a qu’à penser à Flash et aux iPad.

Bref, c’est pas si simple de communiquer sur le web…

Auteur(e) Philippe Dion

Chargé de projets, rédacteur et spécialiste des communications, Philippe est un vieux routier des projets web! Suivez les tribulations du chargé de projets et levez le voile sur les secrets mercantiles de la toile... Bienvenue dans la réalité des communications sur Internet!

22 commentaires

  • Bonjour
    Article super intéressant, j’aime de plus en plus cette nouvelle formule.

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  • Tout ça est vrai. Quand on y pense, c’est l’enfance de l’art. Mais justement, c’est important de nous le rappeler parfois…

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  • Claude LaFrenière

    Bonjour Philippe Dion

    Eh oui Monsieur: l’art de bien communiquer est valable aussi sur le Ouaibe mais il est bien connu que l’art est difficile et beaucoup moins répandu que le bon sens (selon Descartes)…

    Remarque historique (et épistémologique): le schéma de Roman Jacobson, linguiste spécialisé en phonologie, est une variante du schéma de Claude Shannon, le premier théoricien de la communication et complété par Weaver pour la rétroaction ce qui a donné naissance à la cybernétique.

    Contrairement à ce que laisse entendre votre texte (je l’ai p-ê lu trop vite…) cela ne se ramène pas toujours au plus bas dénominateur commun i.e. à la communication des vendeurs de bretelles (ou d’iPad 5) pour les masses populaires.

    Il des langages spécialisés avec leur propre “jargon” et c’est tout à fait normal. Par exemple en mathématique il FAUT utiliser les termes précis qui ne sont compris que des spécialistes et qui les utilisent justement pour se comprendre sans ambiguité…

    Le code utilisé doit être adapté au sujet dont il est question à l’auditoire qui est visé ET ce n’est pas toujours les mêmes que ceux visés par la publicité ou les sites grand public…

    Bonne journée.

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    • Non, effectivement, la communication ne ramène pas toujours au plus bas dénominateur commun, c’est du cas par cas.

      Évidemment, ici, on parle davantage des sites d’entreprises grand public.

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  • J’aime votre méthode imagée d’expliquer un procédé qui semble simple lorsqu’on visite un site, mais qui doit être bien conçu si l’on veut obtenir les résultats escomptés.

    Merci et bienvenu au Magazine :smile:

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  • Site qui présentent des examples de ce qu’il ne faut pas faire: http://www.webpagesthatsuck.com/

    Assez amusant à regarder. Il y a aussi des listes d’erreurs à ne pas faire et des principes de design.

    C’est surprenant que le web comptent encore nombre de sites mal conçu. Même les plus grands organismes sont souvent coupables de mauvais design: fabricants de voiture avec leur orgies de Flash. Tom’s Hardware qui contient une somme d’information fabuleurse mais inacessible à cause d’un moteur de recherche inutilisable.

    Qu’une cabane a sucre se contente d’une carte de visite: quelques photos, menu, adresse, ca se comprend. Mais Clairefontaine qui se contente de mettre son catalogue en PDF sur son site, ca fait pitié.

    J’hais particulièrement les sites qui font tout pour refuser d’avoir une conversation, masquant toute adresse email ou numéro de téléphone.

    Il y a trois approches au design web:
    1) ca prend un site, mon beau-frère en a déjà fait un.
    2) Qu’est ce que je veux gagner avec mon site?
    3) Qu’est-ce que mon visiteur veut savoir?

    La bonne nouvelle, c’est que les créateurs de site ne sont pas sur le point de manquer d’ouvrage.

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  • Philippe Dion = tengen, eh ben! ;-)

    Excellent article! Quelques évidences, mais au bout de l’équation, on en apprend plus que moins. Il n’est d’ailleurs jamais inutile de se faire rappeler ces quelques conditions de base, même si on en connaît plusieurs. On a trop souvent tendance à prendre pour acquis ce que l’on sait et ce que l’on croit être la “vérité” au détriment de nos clients ou lecteurs.

    Ma Dauphine en connait un bail plus que moi sur le sujet. Ce que je croyais être un blogue (le mien) attirant et “concept” s’avérait, à ses yeux, quelque chose de relativement kétaine. :roll: Bref, elle m’a r’nippé ça en criant ciseaux et, même s’il n’attire pas les foules, le visuel est intéressant.

    Bienvenue dans le club! Il est très plaisant de lire ici sur des sujets plus que variés.

    Le Dauphin train sec

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    • Démasqué!

      Merci. Je suis bien conscient que c’est la base, et qu’il y a des évidences, mais bon… Le but de cette nouvelle plateforme n’est-il pas d’élargir l’auditoire et de faire (re)connaître Nelson à sa juste valeur! Il me semblait à propos d’être un peu moins pointu et de viser plus large.

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    • Bis bis!

      En effet, un bon coach (ici, M. Dion) ne fait qu’une simple chose: Nous rappeler ce qu’on savait déjà mais qu’on a pris pour acquis!

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      • “Il me semblait à propos d’être un peu moins pointu et de viser plus large.”

        Absolument d’accord!

        Des débutants il y en a même sur le site de Nelson. J’en suis une sur plusieurs sujets.

        Il faut pouvoir attirer ceux pour qui ces sujets sont un casse-tête perpétuel, ce que vous faites très bien, à mon avis :grin:

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  • «
    • Pas de jargon

    • Des titres efficaces
    • Pas d’effets de style inutiles
    »

    Relisez-vous, juste pour voir.

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    • Tu sembles confondre site web et article, mon cowboy! Enwèye, tape-toi 2-3 Jack Daniel’s en arrière de la cravate pour te remettre d’aplomb! ;-)

      Le Dauphin vitant

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    • - Le titre était assez efficace pour me frapper.
      - Comme le dit son texte, le jargon n’est pas le langage spécialisé mais le familier.
      - Effets de style? Il a dit ceux qui sont inutiles bien que la rédaction aurait pu…

      Toujours est-il que je trouve qu’il y a du beau linge dans ce magazine. Je parlais justement de ces ces choses là avec le grand patron où je travaille cet après-midi. Un contact physique avec notre nouveau collaborateur serait à envisager si le maître de ces lieux veut bien nous mettre en contact… ;-)

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      • M. F (M. Pas «G»), votre commentaire m’amène cette réflexion parmi ces autres choses qu’on à tendance à prendre pour du ca$h.

        Plus particulièrement pour les titres et, notamment celui de M. Dion, ils peuvent en frapper plusieurs, en laisser d’autres indifférents et choquer tout le reste.

        Tiens, ça me rappelle une histoire de Bill Gates et ses latrines…

        Le Dauphin filtré

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  • Merci pour ce bel article. Parfois, il est important de remettre les pendules à l’heure histoire de garder le cap dans la bonne direction. Il y a beaucoup de sites qui vieillissent mal, d’autres qui ne sont pas mis à jour régulièrement.

    Dernièrement, je portais mon attention sur une publicité que j’ai reçue dans mon courrier. Elle a attiré mon attention hier. Quelqu’un qui offre ses services pour le déneigement. Il prend le temps de produire un carton design recto-verso avec photo et belle mise en page. Cool! En le lisant, j’ai trouvé 8 fautes! Aie! plus cool du tout!

    Pourquoi déployer tant d’énergie pour produire une publicité et tout gâcher en laissant des fautes? Quel message cette personne veut-elle laisser aux lecteurs?

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    • @Maxbce

      Ton anecdote me fais penser à celle-ci provenant d’une de mes collègues enseignantes qui suivait ses cours d’administration scolaire dans le but de devenir directrice. Je fais ça le plus court possible.

      Le prof : Voici le syllabus… Bla bla bla… Les travaux… Vous écrivez mal (en général)… 3 fautes et j’arrête de lire… Bla bla bla… Voici le recueil de notes de cours. À lire. Vous pouvez commencer tout de suite. Etc.

      La collègue en question (enseignante de français), commence à lire et trouve 3 fautes dans la seule 1re demie-page de lecture du recueil!

      Levant la main, «M’sieur? Dois-je arrêter ma lecture? Je viens de trouver 3 fautes dans votre première page de notes de cours…»

      Je ne me souviens plus trop de la réponse du prof mais j’ai retenu qu’il argumentait et essayer de se défiler.

      Elle se lève et fout le camp de la salle dans un capharnaüm de rires.

      :-D

      Morale : Ne vous laissez pas impressionner par la première impression. Attendez la deuxième!
      Le Dauphin sertion

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      • * Ton anecdote me fait…
        ** … argumentait et essayait…

        À quand un jeu de 5 minutes pour édition de commentaire? ;-)

        <B<Le Dauphin trépide

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