L’avenir à court terme de RIM

13 octobre 2011 10 h 12 min 16 commentaires Views: 7

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Vide lunaire ou non, l’Ontarienne Research in Motion (RIM), la fabricante du BlackBerry, connaît une chute astronomique. Les tuiles se succèdent et ne se ressemblent qu’en gravité. La dernière, énième clou dans le cercueil, vient même de réduire considérablement sa prétention ultime d’excellence : la fiabilité de son réseau. Coup de grâce qui lui cadenassera les portes ? Allez savoir ! Jim Balsillie et Mike Lazaridis, les deux patrons (photo ci-haut), s’accrochent dans leur « ouilausse » (1) alors que le parquet des actionnaires ressemble à la salle de bal du Titanic.

Le moment qu’a choisi le malheur pour re-re-frapper est épouvantable. Un courant de sympathie jamais vu flotte dans l’air depuis le décès du légendaire P.D.G. d’Apple et les iPhone 4s se prévendent comme des petits pains chauds. En même temps, le savorama Android, celui des HTC, LG, Samsung et Sony, frappe partout de toutes ses griffes, incluant celles qui ont été affilées pour la norme LTE ou Super 3G.

Et, horreur, bien tapie au fond du lac, plus creux encore que les grosses roches où serpente Google/Motorola, Microsoft, dans un recoin anciennement identifié à Nokia, attend le moment de se fermer les mâchoires sur une proie consistante. Brrr !

Et si elle se les claquait sur RIM, ses maxillaires ? La bouchée pourrait être consistante. Techniquement, RIM fait encore des profits; ses téléphones se vendent et son marché est considérable. On parle d’une augmentation de 33 % des revenus. Le problème est du côté de l’action qui est en chute libre et de la part de marché qui ne cesse de décliner. Les gens ont commencé à troquer leur BlackBerry, appareil sérieux “full-corpo”, contre un Android ou un iPhone, bidules aussi utiles, mais plus ludiques.

RIM c’est aussi, par ces temps de plein emploi pour les “avocats avocassiers”, un gros coffre de brevets dont certains, hérités de Nortel, appartiennent conjointement à d’autres joueurs dont Microsoft. La grosse bête qui la bouffera avalera, du coup, plein de bonnes vitamines. Ce pourrait être une opération se situant entre 10 et 20 milliards $ US, un sac de pinottes pour la Géante de Redmond.

Sauf que, pour l’instant, Microsoft a placé ses billes en Scandinavie, chez Nokia. Si elle doit casser une de ses tirelires à milliards, ce sera pour avaler définitivement la malheureuse Finlandaise. Mais allez savoir : les voies de Ballmer (photo ci-contre) sont impénétrables !

Est-ce que ce sera Google qui se farcira la belle Ontarienne ? J’ai de la misère à l’imaginer. L’empire de Montain View vient de s’offrir Motorola Mobility et, comme l’anaconda, doit prendre tout son temps pour le digérer sans trop bouger. Surtout que la proie était farcie de brevets bien chauds.

Pourquoi pas HP, alors ? Pas évident là non plus. La transnationale californienne s’agite, ces temps-ci, comme une poule pas de tête et s’est tout récemment retirée de ce marché fou fou fou. Avant qu’elle ne change à nouveau d’idée, Meg Whitman (photo ci-contre), la nouvelle P.D.G., devra être bien en poste et s’être garanti les coudées franches.

Quant à Apple, acheter RIM serait comme si elle mettait la patte sur le code source de Windows ou de Solaris. Qu’en ferait-elle ? Il n’y a pas grand-chose qui peut l’aider dans sa R&D. Payer entre 10 et 20 milliards $ US pour enterrer son achat dans le jardin, question de débarrasser la planète du BlackBerry OS ou du QNX, est impensable. Elle serait quand même tenue de fournir du service auprès de 70 millions d’utilisateurs de BlackBerry.

Un manufacturier asiatique, p. ex. Samsung ? L’idée est intéressante, compte tenu du jeu qualifié d’injuste mené par Google en ce qui a trait à Android, compte tenu également de la guerre des brevets qu’Apple mène sur tous les fronts, opération que déplore Samsung. C’est à voir. Mais il faut se rappeler que les grandes Asiatiques font dans le matériel et le font très bien. Quand elles bidouillent du logiciel, c’est généralement pour rajouter de la valeur à ce que l’on publie à Redmond ou à Montain View.

Oracle, la méga boîte du mégalo Larry Ellison ? Hum ! Le légendaire P.D.G. (photo ci-contre) a déjà ramassé pire. Avaler est pour lui un réflexe de gestion de marchés et il a déjà acquis des trucs semblables à RIM. Pensons à Sun Microsystems, qu’il s’est offert en 2009 au coût de 7,4 milliards $ US. Pensons également à PeopleSoft achetée 10,3 milliards $ US en 2004.

Advenant que Larry ramasse RIM, ce serait en raison des vertus hautement corpo du BlackBerry. Les utilisateurs d’Oracle ne sont-ils pas majoritairement des usagers du BB ? Mais à part ce point de similitude, je ne vois pas trop comment s’inscrirait RIM dans le plan de match d’Oracle. Reste que Larry est … Larry !

Des rumeurs ont mentionné d’autres acheteurs potentiels. Il y a quinze jours, on parlait de la Britannique Vodaphone. Pourquoi pas Bell Canada, tant qu’à y être.

À mon avis, la suite la plus probable pourrait être celle qu’entend imposer l’investisseur annoncé Carl Icahn (photo ci-contre). Ce capitaliste activiste entend devenir un gros actionnaire de RIM avec une idée bien précise en tête : se faire élire au CA et forcer l’entreprise à devenir « intéressante ». Par exemple, elle pourrait se scinder à la Motorola en deux entités distinctes, le réseau et les bidules. Ainsi allégées, les deux créatures pourraient naviguer plus facilement dans leurs eaux particulières et seraient plus alléchantes pour les éventuels acheteurs. À voir.

Qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous imaginer d’autres avenus pour ce fleuron de la technologie canadienne ?

(1) Wheelhouse : anglicisme gaspésien désignant le poste de pilotage d’un bateau.

Auteur(e) Nelson Dumais

Voué à un avenir brillant dès sa naissance, Nelson s’est néanmoins pris les pieds dans un ordinateur répandu partout dans un motel désaffecté et ne s’en est pas vraiment remis. C’était à Rimouski en 1981 et le monstre de 64 Ko, une sorte de tombeau en mélamine blanche, cahotait en CP/M, souffrait en anglais et tombait régulièrement mort. Avec l’acharnement d’un anthropologue fou, Nelson recherche depuis lors un ordinateur qui fonctionnera sans défaillance, sans souffrir ni faire souffrir, et cela dans une langue intelligible. Si jamais il trouve, il vous en fera part. C’est juré !

16 commentaires

  • Pour moi, RIM à eux 2 bonnes idées :

    * Créer un réseau sécurisé qui à attiré le monde de la corpo.
    * Faire des cellulaires avec un clavier complet, un nouveau genre dans le temps.

    Ensuite…RIEN

    10 ans plus tard, RIM est toujours à ce trainer ces 2 même arguments.

    S’asseoir sur ces lauriers, c’est bien l’expression non ?

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  • Ce qui manque à RIM est simple… un “Steve Jobs” pour la sauver!

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  • « Le problème est du côté de l’action qui est en chute libre et de la part de marché qui ne cesse de décliner »

    En fait le problème de l’économie passe par la bourse…

    La bourse semble causer de faux problèmes, semble augmenter ou réduire la valeur d’une entreprise artificiellement

    Et en bout de ligne… Ce sont les mêmes qui s’enrichissent

    Une véritable partie de Monopoly à l’échelle planétaire.

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    • Une véritable partie de Monopoly à l’échelle planétaire.

      Le Monopoly est venu après les entreprises, pas l’inverse. Le jeu est évidemment basé sur notre système économique. Donc le Monopoly est un jeu moins sérieux que les « vraies affaires », en quelque sorte.

      Édit.: Pourquoi la date est-elle « october 13th »?

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      • La date est revenue normale maintenant… mais j’ai bien lu october 13th!

        En ce qui concerne le sujet du jour, bien que les plus grandes compagnies produisant les téléphones intelligents et des tablettes aient déjà fait un achat récent d’une autre compagnie, il n’est pas impossible qu’une d’entre elles décide d’acheter RIM. Si ça se trouve, prendre les avantages de deux compagnies, ça ne fait pas de tort, sauf dans le portefeuille.

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  • Les commentaires précédents sont plutôt pertinents…
    “Research” que ça dit. “In motion”, en plus!
    Se sont pognés le beigne un coup le “push mail” et le “secure network” inventés. Le “motion” s’est arrêté là. Dommage, ils étaient vraiment bien partis!
    Ça va leur prendre un coup fumant – comme celui du “push mail” – s’ils veulent s’en sortir. Et ça, c’est une grosse commande! Que sera sera…

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  • Belles illustrations montrant des sourires repus et cravatés, à cent lieues du jeans et du polo noir… On ne s’ennuiera pas de ces arrivistes affichés. Le problème, bien souligné par Nelson, c’est qu’R.I.M. ne paie pas (en bourse). De toutes les hypothèses proposées ici, je favorise la dernière: “Yes, Icahn!”

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  • @marc Germain

    Faut comprender la relation de cause a effet. L’action baisse parce que les investisseurs voit moins d’opportunité de croissance.

    RIM était évalué en fonction d’une prise de part de marché dans le domaine du téléphone personnel.

    En plus, ses trois «avantages» dans le monde corporatif, le clavier, le push et l’encryption ont été égalés par les concurrents. Ca, c’étais prévisible.

    Je vois pas ce qu’il y a d’artificiel la-dedans.

    @Nelson

    En effet, Oracle et RIM ca marche pas ensemble. En tout cas pas comme un ERP imtimement lié à une base de donnée.

    Qunad a scinder en deux, les appareils sont rejetés par le marché et le réseau est une création artificielle même pas fiable. 0+0=0

    @marcofski

    RIM=clavier

    Ca va être dur le coup fumant. Toutes leurs stratégies passées était baséees sur l’idée que les gens voudraient des claviers physiques même en échange de pouce carré d’écran. Le marché a parlé. L’écran doit couvrir toute la surface.

    En plus, il y a pas mal de monde maintenant dans cet espace qui innovent.

    @tous

    Ma compagnie vient de passer de BlackBerry a iPhone cette semaine. J’ai été super-surpris parce que c’est assez conservateur l’informatique chez nous.

    J’oubliais le flop total de leur tablette qui a sans doute été le coup de grâce. Pas d’application et l’usager doit avoir un BlackBerry pour se connecter au réseau.

    Que reste-t’il? une liste de clients qui va fondre comme neige au soleil.

    C’est comme les clubs vidéos, les magasins de CD, les pages jaunes et le fax.

    Fini. N I. NI. (pour paraphraser Dodo)

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  • @Nelson : Le genre d’article que j’adore.
    Bravo pour ton article et Merci de nous tenir au courant de ce qui se passe dans le monde des GÉANTS ! :)

    Aujourd’hui je comprends pourquoi ces milliardaires ont choisi le Cloud, ils sont tellement riches qu’ils ne touchent plus a terre… ;)

    Il y a beaucoup de changement dans l’ère ;)

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  • Il est attristant de voir le canada perdre des milliards de dollars en brevets dans un domaine en tel ébullition. Je souhaite bonne chance à RIM.

    Qui aurait pu prévoir que ce qui ébranlerait le “très corpo” Black Berry serait un iBidule?

    Peut-être me trompe-je? Je crois que même Apple ne prévoyait pas une percée aussi fulgurante en milieu corporatif.

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  • … ne touchent plus a terre
    … de changement dans l’ère
    … Cotez ce commentaire

    Pour une fois que ça RIM !

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  • Merci Nelson pour cet article, ça nous éclaire!

    Concernant Microsoft/Nokia, Louis Naugès a fait un beau billet sur le sujet, que je crois qui pourrait vous intéresser:Economie fiction : Nokia et Microsoft : un complot machiavélique ?.

    Je me posais une question un peu ridicule, un Richard Branson ne pourrait pas être tenté par l’aventure RIM? Il pourrait donner un nouveau style à la marque, non? ;-)

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    • Cher Gou,

      Branson, c’est exactement le contraire. Il part des compagnies à partir de rien, les fait croitre et les vend a maturité.

      Je ne le vois pas acheter une entreprise qui a déjà maturé.

      Je téléphonerais plus au comique qui a acheté les pages jaunes il y quelques années.
      Ca prend ce genre de vision. Nyark Nyark, Nyark.

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  • RIM => RIP

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